AG Unaf à Besançon – « Les familles, parlons-en » : discours du Président de l’Unaf
Les 20 et 21 juin 2026, l'Unaf a tenu son Assemblée Générale à Besançon, en présence des responsables des unions d’associations familiales, et des mouvements familiaux, des bénévoles représentants familiaux et des professionnels venus de Métropole et d’Outre-Mer. Retrouvez en ligne, l'allocution du Président de l'Unaf.
Assemblée Générale de l’Unaf à Besançon
Discours de Bernard Tranchand, Président de l’Unaf
Samedi 20 juin 2026
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers bénévoles, professionnels, et partenaires de l’Unaf,
C’est d’abord vers la petite Lyhanna et sa famille, que vont toutes nos pensées. Notre réseau a été bouleversé par ce drame qui aurait pu être évité. Il soulève, à nouveau, la place de la protection des enfants dans notre pays.
Lorsqu’un enfant exprime une peur ou une souffrance : sa parole doit être entendue et prise en considération.
Cette vigilance doit s’exercer partout : au sein des familles, car les violences intra familiales sont un fléau à combattre ; mais aussi durant les temps scolaires et périscolaires, là où des abus peuvent survenir. A ce sujet, je vous annonce que l’Unaf a décidé de se joindre à l’Udaf de Paris pour se porter partie civile dans l’affaire des animateurs de la Ville de Paris, compte tenu de son ampleur et des enseignements à tirer au niveau national.
De même, quand les parents portent plainte pour défendre leur enfant en danger, leur alerte devrait être prise en compte immédiatement. Les familles ne comprennent pas pourquoi on tarde tant à les entendre lorsqu’elles veulent protéger leur enfant. Et quelle souffrance quand elles constatent leur impuissance à changer le cours des choses, lorsque les mêmes drames se produisent auprès d’autres enfants … !
La confiance des enfants dans les adultes est un bien précieux. Parce que nos vies sont tissées de liens avec les enfants, leur protection doit être la priorité absolue.
Le ministère porte un projet de loi sur la protection des enfants.
Nous avons adressé des propositions d’amendements au cabinet de la Ministre en vue de développer la mesure d’aide à la gestion du budget familial qui reste trop peu utilisée. Elle est pourtant un levier efficace pour prévenir les ruptures, éviter les placements, les expulsions locatives, sécuriser les conditions de vie des enfants, et soutenir les compétences parentales. Son efficacité est avérée : l’étude d’impact réalisée par un cabinet extérieur le démontre avec force. Et puis elle est peu coûteuse pour les finances publiques. Autant d’arguments très convaincants !
Pour mieux faire entendre la voix des enfants, nous réclamons un statut pour les administrateurs ad hoc, dont l’activité est aujourd’hui en péril. Là aussi, nous avons des propositions à intégrer dans le projet de loi.
Nous souhaitons aussi faire évoluer le texte car certaines dispositions nous posent problème.
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La protection des enfants renvoie à des questions plus larges : quel niveau de protection garantir aux citoyens les plus vulnérables ? Quelle société voulons-nous construire ?
Ces questions sont au cœur des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la politique publique de la protection juridique des majeurs. Elle est pourtant un pilier de l’Etat de droit en garantissant la protection des droits fondamentaux d’un million de citoyens vulnérables.
Nous sommes aujourd’hui dans une période charnière. Pas encore dans une crise aussi profonde que celle de la protection de l’enfance, mais au bord de décisions qui pourraient s’avérer désastreuses :
- Désastreuses pour les personnes les plus vulnérables,
- Désastreuses pour les services mandataires qui sont déjà malmenés.
Nous avons alerté les Ministres en leur disant qu’il n’est pas trop tard pour corriger le tir.
Une lettre interministérielle a prévude confier à trois inspections une mission visant à réduire de manière drastique les budgets affectés à cette politique :
- Sans tenir compte de la croissance des mesures décidées par les juges.
- Sans tenir compte de la démographie.
- Sans tenir compte des charges salariales que l’Etat fait peser chaque année plus lourdement sur les associations, augmentant ainsi le coût des mesures.
Des instructions budgétaires viennent de fixer de nouveaux critères. Ils tendent à vouloir remettre en cause le financement d’emplois qui sont pourtant nécessaires. Ils permettent en effet de répondre aux exigences de qualité fixées par l’Etat, mais aussi de faire face à la complexité des situations gérées par les associations.
C’est aux services mandataires associatifs que les juges confient les mesures les plus délicates. Ils accompagnent les situations les plus instables, les plus chronophages. Plus d’une personne sur 2 vit sous le seuil de pauvreté. En rupture de soins, en rupture administrative et sociale, 40 % vivent seules à leur domicile. Et un quart n’a aucun entourage familial.
Il serait choquant de prendre pour modèle le secteur libéral qui ne reçoit pas le même public et ne subit pas les mêmes contraintes en termes d’évaluation, d’accompagnement, ou encore de contrôle. Personne n’a intérêt à affaiblir le rôle des associations à qui l’on demande tant. Les dérives liées à la marchandisation des EHPAD et des crèches devraient inciter à la plus grande prudence.
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On a tendance à l’oublier : les personnes protégées participent au financement de leurs mesures décidées par les juges. A l’Unaf, comme à l’UNAPEI et à la FNAT, nous sommes hostiles aux textes qui ont prévu de les faire davantage contribuer. Nous avons obtenu du Conseil d’Etat, leur annulation partielle, en exonérant de cette obligation les personnes percevant des minima sociaux.
Cette action démontre que notre priorité est la défense des intérêts des personnes vulnérables.
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Le ministère a fait des annonces sur la santé mentale, en voulant agir à tous les âges de la vie et pour l’ensemble des politiques publiques : la protection juridique des majeurs en fait pleinement partie.
Parmi les 550 000 personnes accompagnées par les associations, 40 % d’entre-elles sont en situation de handicap psychique. Alors que la psychiatrie se désengage, nos services sont un véritable filet de sécurité, et les situations sont chaque jour plus difficiles.
Pauvreté croissante, handicap psychique et vieillissement en hausse, isolement qui s’approfondit : ces trois réalités fondent notre exigence d’un financement et d’une reconnaissance à la hauteur de ce que nos professionnels apportent chaque jour. Selon le ministère de la Justice, le nombre de mesures de protection pourrait augmenter des deux tiers d’ici 2070. Croire que l’on va relever ce défi en réduisant les budgets, est illusoire. Le risque est de générer des coûts bien plus conséquents pour notre pays.
L’étude sur les gains socio-économiques de cette politique – dont les résultats n’ont jamais été contestés – a révélé qu’1 euro investi génère 1 euro 50 d’économies pour la collectivité. Et ce ratio monte à 1 euro 70 pour les personnes en situation de handicap. C’est précisément le public que nos services accompagnent en priorité.
Cette politique n’est pas une charge mais un investissement social, sanitaire et économique. Elle est efficace et rentable. Chaque euro investi, évite des coûts plus importants.
Elle a fait ses preuves : la fragiliser aujourd’hui, ferait peser des risques considérables pour les années à venir. Elle conduirait à des licenciements, à des fermetures de services. Si les associations ne peuvent plus accompagner ces publics complexes, qui le fera ? Qui prendra en charge les situations les plus difficiles ?
Une réduction des moyens alloués aux services ne fera pas disparaître les besoins : elle ne fera que les déplacer : vers les urgences psychiatriques, vers les tribunaux, vers les services d’hébergement d’urgence, vers les établissements spécialisés. Et pour un coût infiniment plus élevé pour la collectivité, et infiniment plus douloureux pour les personnes et pour leurs familles.
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Les familles : parlons-en.
Des familles souvent épuisées, se battent depuis des années. Les aidants familiaux accompagnent leur proche vulnérable, au détriment de leur bien-être, de leur carrière professionnelle, et de leur santé.
Certains voudraient renforcer leur rôle dans l’exercice des mesures de protection. Si l’on souhaite davantage de mesures familiales, alors, il faut donner aux familles les moyens d’agir, et donc renforcer massivement l’information et le soutien aux tuteurs familiaux.
Notre réseau est positionné depuis 25 ans sur cette mission qui est en lien direct avec sa raison d’être : la famille. Nous souhaitons renforcer notre action dans ce domaine. Nous demandons à être pleinement associés aux réflexions engagées par le ministère.
Quand la mesure est confiée à un tiers, on parle de vouloir faire contribuer financièrement les familles, en plus de la personne protégée. Nous y sommes défavorables. A-t-on pensé aux risques de conflits intra familiaux que cette mesure pourrait générer au détriment des personnes à protéger ? A-t-on pensé aux parents d’enfants handicapés devenus adultes, qui se sont sacrifiés une large partie de leur vie ?
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Pour autant, des réformes sont possibles.
Nous pouvons être force de propositions sur les évolutions envisageables au sein des organisations, en identifiant des leviers qui ne dégradent ni la qualité de l’accompagnement, ni les droits des personnes, ni l’engagement des professionnels. La mutualisation de moyens au sein de notre propre réseau existe mais doit être renforcée et cela suppose le concours et l’adhésion de l’ensemble des Udaf à cet objectif.
Nous savons que notre modèle a des fragilités et qu’il doit être amélioré.
La succession de réformes partielles, de textes fragmentés, de mesures techniques, de coups de rabots budgétaires, ne peut tenir lieu de stratégie nationale cohérente, ni pour le présent et encore moins pour l’avenir.
Au-delà de nos frontières, les travaux européens et internationaux autour du handicap nous invitent à réinterroger globalement notre dispositif de protection. Les Nations Unies enjoignent la France de changer de paradigme, pour être plus centrée sur les choix de vie, les besoins et les parcours des personnes vulnérables.
Nous avons besoin d’une vision politique d’ensemble. Quel niveau de protection garantir pour les plus vulnérables ? Quels moyens nécessaires ? Quel rôle pour les familles ? Quelle place pour les associations ? Ces questions méritent un débat démocratique transparent. Car au fond, la protection juridique des majeurs touche à notre conception de l’universalité des droits et de la citoyenneté, de la solidarité et à notre conception de la dignité humaine.
Nous souhaitons retrouver l’esprit qui avait présidé à la grande réforme de la protection juridique des majeurs de 2007. Votée à l’unanimité par le Parlement, elle avait donné lieu à une large concertation, à des travaux préparatoires auxquels nous avions contribué. La méthode avait permis à l’ensemble des acteurs d’adhérer à un projet de refonte ambitieux.
Sans attendre, nous avons demandé aux Ministre d’œuvrer pour que les choix budgétaires pour 2027 ne viennent pas dégrader cette politique.
Nous leur avons renouvelé notre invitation à se rendre dans une Udaf pour rencontrer des personnes accompagnées et des professionnels. Une approche de terrain éclaire souvent mieux sur la façon dont les politiques publiques sont mises en œuvre. Je la pratique moi-même au sein du réseau et ne cesse de défendre l’intérêt de cette approche auprès des décideurs publics.
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Je le disais à l’instant : notre pays devra faire face à un vieillissement massif et inéluctable,
En vue des échéances électorales de 2027, l’Unaf veut placer le sujet de la démographie au cœur des programmes des candidats. C’est pourquoi nous avons retenu ce thème central pour notre assemblée générale.
Avec notre réseau, nous ferons des propositions, à partir de nos expertises, mais aussi au travers des solutions concrètes portées par les Unions et par les associations familiales, dans les territoires. Je pense notamment au soutien apporté aux aidants familiaux mais aussi aux nouvelles formes d’habitat partagé conçues comme des alternatives au domicile ou à l’établissement médicalisé.
Face à la problématique des coûts liés au grand âge et leurs financements, la solution ne peut reposer sur des coupes budgétaires de court terme, ou sur la mise à contribution démesurée des personnes et de leurs familles. Là encore un débat démocratique doit avoir lieu avec une approche d’ensemble.
L’autre visage du changement démographique est celui de la chute de la natalité, sur laquelle l’Unaf a beaucoup travaillé.
D’abord seule durant des années face à un déni généralisé, puis enfin entendue et rejointe par le plus grand nombre. Notre chiffre sur le désir d’enfant, fait désormais autorité. (2,27 pour un taux de fécondité de 1,56).
La dénatalité est une réalité vécue dans les territoires : fermetures d’écoles, de crèches, de services publics, de commerces. Au plan national, la question de la pérennité financière de notre modèle social est posée. Les conséquences sont tangibles et méritent une véritable prise de conscience et une réflexion collective sur les solutions à trouver.
Pour l’Unaf, il faut soutenir la réalisation du désir d’enfants, aujourd’hui entravé, et sécuriser le rôle des familles.
Nous avons obtenu la création en 2026 du congé supplémentaire de naissance qui entrera en vigueur dans quelques jours. Très attendu par les parents et les futurs parents, ce congé bien indemnisé a été porté par l’Unaf. Il s’agit d’une première avancée notable depuis bien des années en matière de politique familiale. Elle pourra être ajustée selon les remontées des familles que nous solliciterons.
Nous invitons les employeurs à faire connaitre ce nouveau congé et à en faciliter le recours. Et j’encourage notre réseau à en faire la plus large communication.
Cette avancée positive a malheureusement été gâchée par le report de 14 à 18 ans de la majoration pour âge des allocations familiales.
Cette décision représente une ponction de 1,3 Milliards, un volume d’économies sans commune mesure avec le coût du congé de naissance. Prise aux dépens des familles modestes et nombreuses, elle est injuste et elle est contradictoire avec les messages visant à redresser la natalité. Comment les familles pourraient-elles reprendre confiance avec une telle mesure ?
Elle frappe le niveau de vie des familles avec charge d’enfants à un moment – l’adolescence – qui est coûteux pour les parents. Certaines familles vont voir leurs prestations baisser de plusieurs milliers d’euros pendant plusieurs années. Beaucoup même perdront totalement le bénéfice de cette prestation, du fait d’écarts d’âge entre les enfants.
Ce report pris par décret revient à une quasi-suppression d’une prestation créée par la Loi. Son caractère excessif nous a convaincu d’engager un recours devant le Conseil d’Etat pour annuler ce décret.
Dans le secteur de la petite enfance, l’impact de l’augmentation continue des participations financières des parents n’a pas été suffisamment mesuré.
La réforme du complément mode de garde a été mise en œuvre en septembre 2025 malgré les alertes de l’Unaf. Selon le rapport de la CNAF, 55% des parents sont perdants. 2 000 parents ont répondu à notre appel à témoignages. Ils disent leur incompréhension face à l’intensité de l’augmentation de leur reste à charge. Certains sont contraints de réduire les heures d’accueil, aux dépens de l’emploi des femmes et de la réalisation de leur désir d’enfants. Nous demandons que leur voix soit entendue et que la réforme soit corrigée.
Plus globalement, c’est l’ensemble de la politique de la petite enfance qui doit être repensée. La sous-consommation des fonds de la CNAF en 2025 – plus de 600 Millions d’euros – témoigne d’un système inadapté alors que :
- les besoins ne sont pas satisfaits,
- que les gestionnaires sont en difficulté
- et que les coûts d’accueil deviennent inabordables pour certaines familles.
Pour les prochaines échéances électorales, nous parlerons aussi du pouvoir d’achat. Notre baromètre des familles montre en 2026 un véritable décrochage sur leur capacité financière à préparer l’avenir de leurs enfants : plus de la moitié s’en estiment incapables, 10 points de plus que pour les baromètres précédents.
La Famille constitue un des piliers de la solidarité : elle doit être soutenue pour exercer cette responsabilité.
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Nous avons à cœur de proposer aux familles des réponses concrètes et durables.
Dans cet esprit, nous avons contribué de près aux Assises nationales de la parentalité, dont les conclusions seront rendues publiques à la fin du mois.
Certaines ont vocation à s’inscrire dans la convention pluriannuelle Etat-Unaf-Udaf qui vient à échéance. Son évaluation finale montre la qualité de l’engagement de notre réseau, et sa capacité à mener des actions utiles, grâce à son ancrage dans les territoires. Nous souhaitons que cette convention soit renouvelée d’ici la fin de cette année, conformément au calendrier prévu, afin de la déployer partout début 2027. Sans écarter des nouveautés, certaines actions qui ont mis du temps à s’imposer méritent d’être poursuivies, en lien avec les priorités de l’Etat.
Avec l’instance d’évaluation nous vous avons consulté sur son contenu. Nous travaillons en lien étroit avec les services de la DGCS, ainsi qu’avec nos interlocuteurs de la CNAF, de la CNSA et de la CCMSA pour que nos actions soient cohérentes avec les leurs.
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Mon dernier message s’adresse à l’ensemble de nos bénévoles et de nos professionnels, qui interviennent dans les Udaf, les Uraf, dans les mouvements et les associations familiales, et à l’Unaf.
Les Udaf sont le premier réseau de représentants au sein des CCAS. Or, la semaine prochaine, le Sénat examine un amendement pour rendre les CCAS facultatifs dans certaines communes. Pourtant, les besoins sociaux, eux, ne sont pas facultatifs ! J’en appelle à votre mobilisation urgente auprès de vos sénatrices et sénateurs.
De façon générale, nous avons encore beaucoup à faire pour développer des idées pionnières et faire vivre la solidarité ! Mobilisons les jeunes familles autour de nos associations pour partager ce défi !
Dans la diversité de vos fonctions, vous travaillez avec un engagement remarquable, pour construire des liens humains, rétablir la confiance et la dignité à laquelle chacun a droit. Vous contribuez à résoudre les problématiques de notre société et à construire une société plus solidaire, dont notre pays a besoin. Vous êtes la force des familles !
Alors merci à vous. Merci à vos membres, à vos équipes, pour l’engagement magnifique qu’ils déploient. Nous pouvons par vos applaudissements chaleureux leur exprimer notre reconnaissance.
Merci de votre attention.