Loisirs éducatifs collectifs pour les jeunes de plus de 11 ans : l’Unaf auditionnée par l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche
Dans le cadre de son programme de travail annuel 2025-2026, l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche a inscrit une nouvelle mission portant sur les conditions d’amélioration de l’offre en matière de loisirs éducatifs collectifs pour les jeunes de plus de 11 ans pendant les congés scolaires et les temps péri et extra scolaires. C'est dans ce cadre qu'elle a souhaité auditionner l'Unaf. Cette audition s'est tenue le 12 mars 2026. L'Unaf y était représentée par la Directrice Générale, Guillemette Leneveu et Patricia Humann, coordonnatrice du pôle "Education - Petite enfance - Jeunesse".
La Directrice Générale de l’Unaf, Guillemette Leneveu, accompagnée de Patricia Humann, coordonnatrice du pôle « Education – Petite enfance – Jeunesse », ont été auditionnées par Eric Quenault, Fatima Ait-Said et Cédric Terret, de l’IGESR (inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche).
En effet, dans le cadre de son programme de travail annuel 2025-2026, l’IGESR a inscrit une nouvelle mission portant sur les conditions d’amélioration de l’offre en matière de loisirs éducatifs collectifs pour les jeunes de plus de 11 ans pendant les congés scolaires et les temps péri et extra scolaires et a souhaité entendre l’Unaf.
Pour répondre à cette audition, l’Unaf s’est appuyée notamment sur les retours d’expérience de mouvements familiaux et notamment de la CSF (Confédération familiale des familles), Familles rurales et l’Unmfro (Union des Maisons familiales rurales).
L’audition a porté sur :
- le diagnostic de l’Unaf sur l’offre proposée ;
- les réflexions/propositions pour l’améliorer ;
- le rôle et place des parents dans les loisirs des adolescents.
Les collégiens, lycéens ont 17 semaines de vacances. Pour les parents, si c’est peut-être moins compliqué de trouver une solution d’accueil des adolescents que pour les enfants en primaire… il n’en demeure pas moins qu’ils cherchent des solutions pour les « occuper ». Les adolescents peuvent être plus réticents à aller chez leurs grands-parents que les enfants.
Les adolescents ne fréquentent que marginalement les accueils de loisirs et se détournent d’une partie des activités encadrées, même si le sport reste relativement important. Les 11/17 ans sont pour 12 % dans une activité artistique ou culturelle régulière en club et 30 % dans une association sportive. (Source HCFEA (Haut Conseil de la Famille de l’Enfance et de l’Age, rapport sur les TTL (tiers lieux, tiers temps)).
L’offre de loisirs pour cette tranche d’âge est diversifiée et relativement peu répertoriée.
- Les accueils de loisirs (pour les plus de 13 ans) relativement normés. Sur les 3,1 millions de places en accueil de loisirs sans hébergement en 2024/2025 (INJEP), 5% des places seulement pour les plus de 14 ans. (137 769 jeunes accueillis en 2024/2025).
- Les accueils de jeunes, plus souples qui visent à renforcer l’autonomie des jeunes par une démarche participative. L’effectif est faible (11 689 jeunes en 2024/2025).
Soit au total 4% des 14/17 ans.
Auxquels il faut rajouter cependant :
- Les « espaces jeunes » dans les centres de vie sociale adulte. On ne connait pas exactement le nombre d’espaces pour les jeunes dans les centres socioculturels, maisons des jeunes et de la culture, centres sociaux … (des lieux spécifiques jeunes ou intégrés aux lieux de vie sociale adulte)
- Selon le HCFEA (rapport sur le TTL) : « ces espaces ne seraient pas forcément quantitativement insuffisants mais il faudrait plutôt enrichir les possibilités offertes aux adolescents. »
- Il serait dans tous les cas importants sur chaque territoire, de répertorier et cartographier tous ces « espaces jeunes » pour en informer les familles.
Quel type d’activités pour les adolescents ?
L’Unaf répertorie trois types d’activité :
- Des activités bien structurées pour s’initier à un sport, à une activité artistique …
- Des activités plus libres, moins encadrées, autour d’un projet, construit par les jeunes eux-mêmes.
- Des activités d’engagement social ou sociétal qui rendent les jeunes acteurs (et non uniquement consommateurs).
Les jeunes souhaitent, le plus souvent possible, participer au choix des activités, des projets, comme le souligne le rapport du Défenseur des droits. Mais plusieurs associations familiales constatent que les adolescents doivent aussi être guidés, accompagnés dans cette réflexion, ne serait-ce parce qu’ils ne connaissent pas toutes les possibilités.
Les activités devraient correspondre aux goûts des adolescents : des sports collectifs, des défis sportifs ; des activités artistiques où ils peuvent s’exprimer ( une fresque collective, théâtre d’improvisation …), des activités sociales informelles (juste un local où « se poser), la préparation pendant l’année d’un séjour de vacances.
Les jeunes peuvent apprécier les activités autour du numérique comme : les ateliers de codage et programmation, ateliers autour de la robotique, fabLabs, ateliers de création numérique, E-sport éducatif, ateliers d’éducation aux médias et de citoyenneté numérique, ateliers IA, événement numérique et Hackatons.
Les adolescents peuvent apprécier les activités qui constituent un premier pas vers l’âge adulte … Des activités manuelles utiles pour le quotidien : cuisine, couture, mais aussi initiation à un métier manuel (Exemple de « l’Outil en main »), une initiation aux gestes de premier secours.
Les projets d’engagement : devenir acteurs
Les jeunes se sentent souvent concernés par les problématiques de société : la planète, la santé mentale, les migrants … Il existe des dispositifs qui favorisent l’engagement des jeunes :
« Les chantiers loisirs jeunes » financés par certaines CAF : en échange d’un engagement au service du territoire, le projet de loisirs des jeunes sont financés.
De même : le dispositif « Ville Vie Vacances » auquel participe la CSF à Toulouse : une activité d’utilité sociale contre financement d’un petit séjour de vacances.
On retrouve la même logique dans certaines villes (ex : Bobigny) qui propose un engagement pour la commune pendant une semaine en échange du financement du BAFA, du permis de conduire …
La CCMSA propose, avec « Appel à projets jeunes » aux jeunes de 13/17 ans, le financement d’un projet avec utilité sociale ou sociétal.
Quelques conditions pour la réussite de ces temps et leur attractivité :
- L’aller vers : « Mener une réflexion sur la manière de mobiliser les jeunes, d’établir le contact avec eux, de susciter des envies et des besoins. » (cf. étude Cnaf).
- Des projets sur un temps court et une certaine souplesse pour aller et venir.
- Les MFR soulignent l’importance d’une présentation « positive » des projets (parler de bien-être plutôt que de santé mentale).
- La qualification des animateurs qui les encadrent.
- La prise en compte de tous les jeunes : jeunes de la protection de l’enfance, adolescents en situation de handicap, jeunes déscolarisés, vulnérables …
La place des parents :
Ils doivent être informés, peuvent constituer des personnes ressources. Les Udaf ou associations familiales associent parfois les parents dans une démarche co-éducative : Ex Udaf 10 ateliers « codage » : présentation du projet et présentation des réalisations aux parents.
Familles rurales propose une démarche intergénérationnelle avec intégration des « espaces-jeunes » au sein des Fédérations départementales, et prise de responsabilité des jeunes, même mineurs, dans la gouvernance.
Pour la CSF ou les MFR, qui ont souvent à faire à des parents plus vulnérables, dans les quartiers ou en milieu rural, convaincre les parents, les « mettre en sécurité » reste important. Les arguments qui convainquent les parents est le fait que les jeunes acquièrent des compétences différentes (souvent psychosociales), qu’ils s’ouvrent à d’autres mondes.
Financement CAF :
Les accueils de loisirs sont un axe important de la COG (2ème thème, après la petite enfance).
Concernant les ados : depuis quelques années les accueils de loisirs reçoivent de la CAF (PS (prestation de service)) 3€ de plus par heure pour cette tranche d’âge (venant du non consommé du FNAS (Fond national d’action social de la CNAF). Les enfants / ados en situation de handicap sont pris en compte avec un complément inclusif pour les structures (complément inclusif). Les jeunes font partie du 3ème thème de la COG notamment avec la PS jeunes pour les « espaces jeunes » qui finance des postes d’animateurs qualifiés (1195 postes financés, tout à été consommé depuis 2022).
Coût pour les familles :
Pour les accueils de loisirs : les capacités contributives des familles ne sont pas partout prises en compte. Dans les clubs, notamment sportifs, les activités peuvent être chères. Le Pass sport reste insuffisant (50€ par an). Chaque CAF, association, municipalité peut avoir son propre barème. Faut-il un barème national indicatif qui pourrait s’adapter au territoire ?
Les vacances ACM (accueils collectifs de mineurs) avec hébergement (colonies de vacances)
36% des mineurs ont plus de 13 ans. Il y a une baisse de fréquentation à partir de 2015/2017 mais une petite remontée depuis 2022. 14 500 séjours en 2024, pour 473 000 jeunes 14/17 ans, soit 14% des 14/17 ans. L’offre et les départs sont très variables d’un département à l’autre.
Les 14/16 ans partent davantage que les enfants et les plus âgés (étude Crédoc 2024)
Les deux principales raisons de non-inscription est l’inquiétude de parents et le coût des séjours trop élevé. Mais l’inquiétude diminue avec l’âge.
Les mini-séjours (2 ou 3 jours) par exemple, en lien avec un centre social fonctionnent bien, de même que les séjours à thème, avec une activité principale : un sport, une activité théâtre …
Reste à charge pour les familles :
L’Unaf souhaite un meilleur financement des accueils de jeunes avec hébergement (colonies de vacances) et un reste à charge moins important pour les familles. Selon la JPA (jeunesse en plein air) « un séjour en colonie de vacances coûte en moyenne 550 euros. C’est trop pour de nombreuses familles. ». Les aides CAF (qui concernent 78 CAF seulement) excluent les classes moyennes, comme le note le comité de filière animation : « La catégorie sociale qui accuse la baisse la plus lourde dans sa fréquentation des colonies de vacances est celle des classes moyennes.». Les chèques vacances sont peu utilisés pour les colonies de vacances.
Plusieurs initiatives des pouvoirs publics ont tendu à valoriser les colonies de vacances dont la campagne « A nous les colos » juste après le confinement en 2022. Mais les financements n’ont pas suivi.
Nous ne pouvons que regretter la fin des « colos apprenantes », qui ont bénéficié à 400 000 enfants, (même si de ce fait le dispositif VACAF a bénéficié de 20 millions d’euros supplémentaire).
L’accueil de scoutisme est en croissance même si il reste mineur. 56 335 jeunes de 14/17 ans ce qui reste faible (1,6% des jeunes de cet âge). La fréquentation est en hausse constante depuis 15 ans (+ 3% en moyenne par an). L’Unaf est favorable à ce type de loisirs qui favorise l’autonomie des jeunes, la prise de responsabilité, l’ouverture sur le monde.
Pour conclure, les attentes de l’Unaf sont les suivantes :
- Informer les parents, les rassurer … voir les associer ponctuellement (ex : présentation du « résultat final »).
- Mieux répertorier localement les accueils d’adolescents entre ceux labélisés Jeunesse et sport et les « espaces de jeunes » divers (soit spécifiques ados et jeunes, soit intergénérationnels).
- Permettre aux adolescents de participer aux projets et aux choix des activités, en les guidant.
- Favoriser des projets pour lesquels les adolescents sont « acteurs », et qui leur demandent un engagement.
- Des animateurs qualifiés, mieux formés, qui sachent « aller vers » les jeunes pour les motiver et les encadrer et un financement pour ces postes.
- Un coût plus abordable pour les séjours (davantage d’aides pour les classes moyennes).
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